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"Les Constructeurs" de Fernand Léger chez Renault

"Les Constructeurs" de Fernand Léger chez Renault

"Les Constructeurs" de Fernand Léger chez Renault

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Les Constructeurs, tableau monumental prêté à l'usine Renault de Flins par le musée national Fernand Léger de Biot, est l’aboutissement d’une série consacrée par Fernand Léger au monde du travail pour laquelle il a voulu créer une peinture monumentale, accessible à tous.

Il y a plus de 60 ans, le tableau avait déjà été présenté par l'artiste chez Renault à Boulogne Billancourt.

En 1950, Fernand Léger est tout comme Picasso ou Braque, ses compagnons du cubisme, est devenu une des figures vivantes de l’art moderne.

Depuis quelques années déjà, il a le désir de réaliser un tableau monumental ayant pour thème le travail. Cette œuvre, aboutissement de multiples croquis, études préparatoires et esquisses, ce sera Les Constructeurs.

Ses Constructeurs, qui échafaudent en plein ciel, dans une joie sérieuse malgré les dangers que comporte leur mission, ce sont, dans l’esprit du peintre, les ouvriers bâtisseurs d’une société meilleure, celle de la France de la reconstruction.

Son tableau achevé, Léger l’expose à la Maison de la Pensée française, à Paris. Puis en 1953, il lui vient l’idée de le présenter en un lieu qui vit par le travail industriel, au plus près des ouvriers.

A Billancourt, dans des bâtiments aujourd’hui détruits, c’est une cantine des usines Renault qui accueillera à la fin de l’année 1953 non seulement Les Constructeurs, mais un ensemble d’œuvres en rapport avec ce tableau. Le comité d’entreprise informe les travailleurs de l’événement ainsi que d’une exposition d’une série de poteries de l’artiste à la bibliothèque.

Sans doute Léger a-t-il voulu montrer par là aux ouvriers de la Régie nationale que le travail de l’artiste lui aussi suppose une lente élaboration, parfois des hésitations, des efforts, bref, que l’art, s’il se nourrit de liberté, n’est pas un geste gratuit, et qu’en cela le peintre est aussi, à sa manière, un ouvrier.

à Boulogne Billancourt en 1953

J'ai apporté "Les constructeurs" aux Usines Renault et on les a installés sur les murs de la cantine. A midi les gars sont arrivés. En mangeant ils regardaient les toiles. Il y en avait qui ricanaient: « Regarde-les, mais ils ne pourraient jamais travailler ces bonhommes avec des mains comme ça. » En somme ils faisaient un jugement par comparaison. Mes toiles leur semblaient drôles, ils ne comprenaient rien. Moi je les écoutais et j'avalais tristement ma soupe. Huit jours plus tard je suis retourné manger à la cantine. L'atmosphère avait changé. les gars ne riaient plus, ils ne s'occupaient plus des tableaux. Pourtant pas mal d'entre eux, tout en mangeant levaient les yeux, regardaient un instant les toiles, puis ils plongeaient à nouveau dans l'assiette.

Qui sait, les toiles les intriguaient-ils ? Et quand j'étais pour partir, voilà un gars qui me dit: « Vous êtes le peintre, n'est-ce pas ? Vous allez voir, ils vont s'apercevoir, mes copains, quand on aura enlevé vos toiles, quand ils auront le mur tout nu devant, ils vont s'apercevoir ce que c'est que vos couleurs... » Ça fait plaisir ça ! Et puis deux petites ouvrières se sont approchées de moi, timidement l'une m'a dit : « Comment que vous appelez ça, les tableaux où il y a seulement des couleurs ? La peinture abstraite ? » Je fis « Oui, c'est ça: la peinture abstraite. » « C'est ça que nous aimons, c'est joli les couleurs, c'est comme la musique, c'est gai..., nous n'aimons pas être représentées en train de travailler. Apportez-nous de la peinture abstraite. » Elles étaient mignonnes ! Je les aurais embrassées...

Photos prises à l'occasion d'un tour de chant de Mick Michel, dans une des cantines de l'entreprises, en décembre 1953, on y distingue assez clairement quelques-uns des tableaux de Léger.

Travaux préparatoires de Fernand Léger
Les constructeurs chez Renault
du 3 au 7 novembre 2014
Les constructeurs à Flins
Fernand Léger

Fernand Léger (1881-1955) est l’un des plus grands artistes français de la première moitié du XXème siècle.

Né en Normandie, il s’installe à Paris en 1900. Il y découvre la peinture moderne et décide de devenir peintre. Aux côtés de Braque et Picasso, il fait partie des inventeurs du cubisme.

Parfois appelé « tubiste » en raison de sa manière de décomposer la réalité en cylindres métalliques, Léger a aussi toujours porté une attention particulière à l’utilisation de  la couleur.

Après trois ans au front pendant la Première Guerre mondiale, Léger aborde sa période mécanique : ses peintures sont presque abstraites, faites d’enchevêtrements de pièces mécaniques. La beauté du métal le fascine bien qu’elle lui paraisse « incopiable ».

Dans les années qui suivent, Léger multiplie les collaborations avec le monde du cinéma et du théâtre : il réalise un film intitulé « Le Ballet mécanique », film sans scénario qui met en scène des objets quotidiens et des personnages dans une chorégraphie en accéléré.  

Léger enseigne à partir de 1924. Sa première exposition rétrospective a lieu à Zürich en 1933. Pendant cette période, Léger revient aussi à la figuration.

Réfugié aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il rentre en France en 1946 et adhère au parti communiste.

Des Etats-Unis, il ramène les très grandes toiles de la série des Plongeurs et entreprend des projets décoratifs monumentaux dans le domaine du vitrail, de la mosaïque, de la sculpture et de la céramique qu’il découvre dans le village de potiers de Biot en 1949.

Fernand Léger décède en 1955. Sa veuve Nadia et son assistant Georges Bauquier créent à Biot un musée consacré à son œuvre. Devenu musée national en 1960, c’est le seul musée au monde dédié à Fernand Léger.
 

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