Musée national des arts asiatiques, Guimet

Emile Guimet (1836-1918)

Le MAAG porte le nom d’un industriel lyonnais qui est à l’origine de sa fondation. Le premier musée Guimet est envisagé à Lyon et doit  réunir un grand nombre d’objets illustrant, sous un même toit, l’histoire des religions d’Egypte, du monde classique et des pays d’Asie. Les collections ont été rassemblées par Guimet lors de voyages en Egypte, en Grèce, puis lors d’un tour du monde effectué en 1876, au Japon, en Chine puis en Inde. Très vite, le projet prévoit aussi la création d’une Ecole orientale dont le rôle est de favoriser les échanges avec l’Asie.

Dans le cadre de l’Exposition universelle de 1878, Guimet présente certaines pièces de sa collection au public parisien : une salle dédiée aux religions de l’Extrême-Orient occupe en effet une partie de l’un des pavillons du Trocadéro. Un an plus tard, en 1879, une première présentation est ouverte à Lyon.

En 1882, alors que le bâtiment destiné à accueillir les collections est en cours de construction dans le quartier de la Tête d’Or, Guimet décide de modifier ses projets. L’échec de son Ecole orientale pousse l’industriel à abandonner Lyon au profit de la capitale. En 1885, il s’engage «  A céder et transporter à l’Etat la propriété pleine et entière de ses collections ; à faire construire à Paris, à ses frais, risques et périls, sur un terrain cédé par la Ville, un immeuble plus important que celui de Lyon ». L’architecte Jules Chatron modifie rapidement les plans adoptés pour le musée Lyonnais et édifie le monument parisien qui est ouvert au public le 20 novembre 1889 par le Président Carnot. Emile Guimet assure la conduite de l’établissement avec le titre de directeur à vie.

Paris fin de siècle et le goût pour l’Asie

A partir des années 1880, un intérêt pour l’art et les religions de l’Asie se développe dans toute l’Europe, mais plus spécifiquement à Paris. L’époque voit le développement des connaissances académiques et la création de grandes collections privées.

En 1882, le musée indochinois du Trocadéro est fondé, il abrite entre autres les collections rassemblées par Louis Delaporte au Siam et au Cambodge.

A la même époque, le Louvre complète les collections de son département des Objets d’art avec des œuvres nombreuses et de très belle qualité originaires de Chine et du Japon (peintures, sculptures, céramiques, pièces archéologiques…).

Guimet lui-même accueille dans son musée des lots parfois importants de pièces asiatiques, comme celles rapportées de Corée par Charles Varlat ou du Tibet par Jacques Bacot.

Vers un musée d’art asiatique

En 1927, dix ans après la mort d’Emile Guimet, le musée est directement rattaché à la direction des musées de France. Ses collections connaissent d’importants enrichissements et se diversifient : on ouvre en 1920 une salle consacrée aux objets rapportés de Chine occidentale par les missions Pelliot ; en 1925, une galerie est dédiée aux résultats des recherches menées par la Délégation archéologique française d’Afghanistan.

En 1927, enfin, les œuvres originales du Musée indochinois sont transférées du palais du Trocadéro vers la place d’Iéna ; la même année, une importante collection d’art indien est acquise qui ouvre de nouveaux domaines de collection. Afin d’accueillir ces enrichissements, le musée est transformé et sa cour intérieure couverte afin de gagner de nouveaux espaces.

Le guide du musée publié en 1939 peut donc affirmer : « Actuellement, le musée Guimet est essentiellement le Musée des arts anciens de l’Inde et de l’Inde extérieure : Indochine, Java, Afghanistan, Asie centrale, Tibet, avec prolongement vers la Chine et le Japon Bouddhique ».

La création du musée des arts asiatiques

En 1945, alors que d’importantes restructurations sont apportées aux collections nationales, le musée Guimet se défait de ses collections non asiatiques : l’Egypte, le Proche-Orient ancien et le monde classique quittent les salles de la place d’Iéna, le musée d’histoire des religions souhaité par Emile Guimet n’est plus.

En retour, le musée accueille l’ensemble des collections extrême orientales du département des arts asiatiques du Louvre constituées progressivement depuis la fin du 19e siècle.

Dans les décennies suivantes, le développement constant des collections par acquisition ou par don rend nécessaire une restructuration du bâtiment. Le nouveau musée, installé derrière les façades anciennes de l’édifice d’origine, accueille à partir de 2001 ses visiteurs dans 5 500 m2 de collections permanentes où sont présentées 4000 œuvres constituant ainsi le plus grand musée européen consacré aux arts asiatiques.

Aujourd’hui, cent vingt cinq ans après son ouverture, le Musée national des arts asiatiques – Guimet reste fidèle à ce que souhaitait Emile Guimet et reste « un musée qui pense, un musée qui parle, un musée qui vit ».


LE MUSEE NATIONAL DES ARTS ASIATIQUES - GUIMET AUJOURD’HUI

 

A l’aube du 21e siècle, le MAAG dispose d’une collection d’environ 60 000 œuvres, ce qui fait de lui la plus importante institution d’Europe spécifiquement consacrée au continent asiatique.

Un très large domaine de collection

Les collections couvrent un domaine géographique étendu, qui correspond à tous les territoires situés à l’est d’une ligne excluant l’Iran et les républiques ex-soviétiques d’Asie-centrale. Sont donc concernés, l’Afghanistan, le Pakistan, les Indes (Inde, Bengladesh, Sri-Lanka), l’ensemble de l’Asie du Sud-est (Myanmar, Thaïlande, Cambodge, Laos, Vietnam, Malaisie, Indonésie), le monde Himalayen, la Chine, la Mongolie, les Corées et le Japon.

Chronologiquement, les collections illustrent de manière plus ou moins approfondie le développement culturel de ces territoires depuis la fin de la période préhistorique jusqu’à l’époque moderne. La période contemporaine n’est abordée que dans certains domaines spécifiques, plus particulièrement celui des arts textiles, des arts graphiques, de la peinture et de la calligraphie.

Le MAAG n’est pas un simple lieu de présentation de collections. Sa bibliothèque et ses différents fonds documentaires constituent une indispensable ressource pour les recherches et les études consacrées aux civilisations de l’Asie. Les archives photographiques sont de première importance, elles abritent en particulier le plus grand ensemble existant au monde de clichés anciens du Japon et des séries exceptionnelles qui couvrent tous les territoires associés aux collections du musée.

Aujourd’hui encore, le MAAG est partie prenante à de nombreuses recherches effectuées en Asie même, dans les domaines de l’archéologie et de l’histoire de l’art. Ses liens avec de nombreuses institutions scientifiques et muséales, françaises, occidentales et asiatiques en font un partenaire incontournable dans son domaine.

Un musée, trois bâtiments

Le MAAG regroupe aujourd’hui ses collections dans trois édifices différents :

  • Le bâtiment de la place d’Iéna  constitue le cœur de l’institution, il présente sur quatre niveaux, une évolution des arts du continents asiatique, depuis les origines jusqu’à la période moderne. Les collections y sont réparties par grandes zones géographiques (Inde, monde Khmer, Vietnam, Asie du Sud-est, Chine, Tibet/Népal, Japon et Corée.

Les objets les plus fragiles sont présentées par roulement (tissus, peintures chinoises et japonaises, gravures).

Le bâtiment Iéna abrite aussi la bibliothèque, les archives documentaires et photographiques.

L’édifice dispose enfin d’un auditorium et d’espaces destinés à la présentation d’expositions temporaires.

  • Le Panthéon bouddhique est situé dans l’ancien hôtel Heidelbach, à quelques pas de la place d’Iéna. L’édifice date de la seconde moitié du 19e siècle et appartenait à une grande famille de la bourgeoisie parisienne. Il présente, sur deux niveaux, une évocation des collections d’œuvres religieuses extrême-orientales, principalement japonaises, rassemblées par Emile Guimet. Ses centaines d’œuvres, essentiellement des sculptures, constituent le plus complet des panthéons bouddhiques rassemblés à cette époque. Le bâtiment dispose d’un petit jardin Japonais et d’un pavillon de thé accessibles au public.
  • Le musée d’Ennery est installé sur l’avenue Foch, à peu de distance du bâtiment de la place d’Iéna. Il rassemble les collections d’art asiatique constituées dans la seconde moitié du 19e siècle par Clémence d’Ennery, l’épouse d’un célèbre journaliste, écrivain et dramaturge, bâtisseur de ce petit palais. L’ensemble de plus de 6300 œuvres est cédé à l’Etat en 1898, il est par la suite rattaché au musée Guimet. La principale particularité du musée d’Ennery est qu’il présente ses œuvres dans des espaces conçus par les collectionneurs qui l’ont créé à la fin du 19e siècle sans qu’aucun changement de présentation n’ait été apporté depuis.

Le musée constitue donc un ensemble exceptionnel qui témoigne à la fois du goût des amateurs de cette époque et du développement, à Paris, du japonisme.